Conférence de Katia Fersing le 27 avril 2012 à 20h au CREA

jeudi 19 avril 2012
par  Martine Astor

Lorsque les graffs s’immiscent dans les interstices des aires post-industrielles…
une approche ethnographique des terrains.

Le 27 avril 2012 à 20h. Salle de Conférence. Créa de Millau

Sollicitée par le collectif Société d’Études millavoises, Amis du Musée de Millau et Archives municipales, Katia Fersing abordera, au cours de cette conférence, un des aspects traités dans le cadre de sa thèse doctorale intitulée « Murs blancs, peuple muet. Entre visibilité et invisibilité, ethnographie des pratiques de graff vandales et semi légales », qu’elle a récemment soutenue à l’Université de Nice.
Qu’est ce qu’un terrain ? Comment s’opère le processus d’appropriation de ce type d’espaces ? Quelles pratiques les graffeurs y développent-ils ? De quelles manières ? Pour quelles raisons ? Ces espaces font-ils l’objet de luttes ou de partages entre les différents groupes qui les occupent ? Tout en s’appuyant sur des exemples précis, dont certains ne manqueront pas de faire référence au patrimoine industriel local, il s’agira donc de saisir les usages, les enjeux et les dynamiques à l’œuvre dans les terrains. Nous essayerons également de voir dans quelle mesure la « valeur patrimoniale » accordée à type d’espaces varie ou se modifie en fonction des activités qui s’y développent.

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Photo Katia Fersing

COMPTE RENDU DE LA CONFÉRENCE DE KATIA FERSING
PAR JACQUES ASTOR

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Présentation de la conférencière Katia Fersing par Jean-Louis Cartayrade, Président de la Société d’Étude Millavoises (photo Martine Astor).

Pratiques de graffs : signatures murales

Le 27 avril, sous l’égide du collectif Société d’Etudes Millavoises, Amis du Musée et Archives municipales, l’ethnologue Katia Fersing a donné, au CREA, une conférence reprenant le sujet de sa récente thèse sur les pratiques de graffs.
Elle a déroulé son sujet entre historique (de la fin des années 60 aux USA jusqu’aux années 2000), définition des notions propres à ce sujet et problèmes d’appropriation des murs où exercer son art.
Madame Fersing a développé la notion de terrain (espaces urbains, zones périphériques et autres) et distingué les diverses formes d’expression au sujet desquelles le public n’a pas manqué de poser des questions. On découvre ainsi que le graffiti (dans la majorité des cas incompréhensible pour le passant) est généralement une signature renvoyant à un pseudonyme (auto-désignation individuelle) ou au nom du groupe (crew).
S’appuyant sur des photos prises en France à Millau, Cannes, Antibes et Grasse, et en Espagne, près de Grenade, la conférencière a mis en relief la valorisation esthétique des caractères employés dans ces signatures au point que leur influence dans les arts graphiques est indéniable. Elle a montré comment les peintres (car tel est le nom par lesquels se désignent les adeptes de cette pratique) évoluent dans leur style par apprentissage auprès des graffeurs plus expérimentés.
Loin d’être des marginaux ainsi que le voudrait la rumeur publique, les graffeurs appartiennent à des couches socio-professionnelles diversifiées. Chaque individu se réclame d’un groupe (le crew) animé d’un esprit et d’une cohésion qui le distinguent des autres. Même si quelques personnes de sexe féminin sont connues pour avoir très actives dans la pratique des graffs, Katia Fersing remarque que ces sociétés sont généralement masculines.
Friches industrielles et palissades entourant des terrains en cours de construction sont généralement le lieu d’expression des graffeurs. Le nombre relativement peu important de ces supports et leur durée de vie bien souvent fort brève ne manquent pas de poser des problèmes de concurrence pour certains graffeurs qui, lassés de peindre par-dessus leurs précédentes réalisations, se risquent parfois sur des murs ne faisant pas partie de leurs terrains habituels.
A l’issue de cette conférence, de nombreux échanges de qualité avec le public furent la marque de l’intérêt que Katia Fersing sut éveiller pour un sujet difficile et mal connu, traité ici avec clarté pour le meilleur profit de tous.

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Vue partielle du public (photo Martine Astor)

Jacques Astor


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