Avril 2012 à l’École Claude Peyrot : Les Rameaux

mercredi 9 mai 2012
par  Martine Astor

AVRIL A L’ECOLE
CLAUDE PEYROT

Pour beaucoup d’entre nous, nos souvenirs d’enfants font une part aux processions des Rameaux en mémoire de l’accueil triomphal de Jésus à Jérusalem par une population porteuse de palmes.
Il s’agissait généralement de rameaux de buis et, dans le bas Languedoc proche, de laurier et d’olivier.
Selon les coutumes familiales, les branches des rameaux étaient ou non décorées de sujets en chocolat.
A l’issue de cette fête des Rameaux, une branche de buis, de laurier ou d’olivier était glissée derrière les crucifix de la maison.

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Les décorations gourmandes du rameau (photo Martine Astor)

Les Rameaux

Je vais vous raconter la grand-messe des Rameaux alors que j’étais petit. Je ne me souviens plus de l’âge que j’avais alors. J’ai même oublié l’année… j’étais petit ! Je n’avais pas encore fait la communion solennelle.
Avec mon père Jean, ma mère Lucie et ma sœur Mimi, nous sommes allés à Notre-Dame où l’on disait ou plutôt chantait la grand-messe. Mon frère qui était encore bébé, restait à la maison avec ma grand-mère mémé Louise et tati Marthe qui vivaient au premier étage.
Ils prenaient la montée du Voultre vêtus du dimanche. Il ne s’agissait pas d’être mal accoutrés ; que les voisins ne disent pas : « regarde ! Marquemal est de sortie ! » Nous ne sommes tout de même pas des bohémiens ! mon parrain, tonton Fernand et sa femme tati Simone, nous attendaient sur la Place Vieille que l’on appelle maintenant place Foch. Il faut que je vous dise qu’à cette époque, les enfants apportaient des rameaux de buis ; chacun avait son rameau. C’était du buis ; il n’y avait alors pas d’olivier. Aujourd’hui, il y en a partout. Pour sûr, c’est le réchauffement de la planète. Encore que notre portemonnaie se réchauffe plus vite que notre Terre ! De petites choses étaient attachées à ces branches de buis : des poissons, des cloches, des œufs, et que sais-je encore. Tout cela était en chocolat. Ma mère, qui était gantière, avait suspendu tout ce petit monde et je portais mon rameau comme le Saint-Sacrement. J’avançais comme l’Aga-Khan et me gardais de déraper. Après les embrassades, tonton Fernand me donna un bel œuf et un joli lapin pour mon rameau. Ma mère attacha tout cela et nous rentrâmes dans l’église.
Assis sur le banc de la famille du parrain, nous avons écouté les orémus, le pater et même chanté. Il fallait s’asseoir, se lever et s’agenouiller quand le curé le disait. Une fois agenouillé, les poissons me paraissaient petits et pas très bien suspendus. Il y en avait même un près de tomber. Et j’ai eu un peu peur qu’il coure le risque de s’écraser à terre. Je l’attrapai et, d’un coup, je l’avalais. Savoureux, ce petit poisson ! il faut que j’en goûte un autre, pour voir s’ils sont tous aussi bons. Sitôt dit sitôt fait ! Je regardai alors s’il n’y avait pas d’autre bestiole en péril. Il ne faudrait pas que l’une d’entre elles tombe par terre. Nous sommes tout de même dans une église. Pendant que je regardais, le lapin me fit un clin d’œil et me dit : « Ecoute-moi Dominique… méfie-toi des poissons ! il n’y a pas de poisson sur le causse Noir ! le sais-tu ? »
Quelle affaire ! suis-je devenu fou ? le lapin parle, et, de plus, comment sait-il que je suis de Veyreau ? et l’autre imbécile de poursuivre : « Je te connais, Dominique ! je suis, moi aussi, de Veyreau, je suis le maître-sauteur de Cadenas, le roi de Craillal !
- Une minute ! nous sommes à l’église, les lapins ne causent pas et encore moins les lapins de chocolat !
- Que tu es bête, pauvre enfant ! je ne suis pas un lapin ! je suis un lièvre !
- Toi, tu n’es qu’un pauvre imbécile ; tu n’es rien d’autre que du chocolat ! et je te le prouve ! je t’attrape un autre poisson, et, hop, avalé. Nom d’un chien, dehors, je te chanterai :
Lièvre, beau lièvre,
Lièvre, je vais te manger,
Je vais te manger la tête, je vais te manger la tête
Et la tête, et la tête… »
Et cet individu qui ne se tait toujours pas ! il me dit même de faire attention car les poissons risquaient de me faire étrangler et que ce serait du propre s’il me fallait cracher dans l’église.
« Veux-tu te taire ? sale bête ! Ce n’est pas un mangeur de thym qui me dira ce que je dois faire !
- Moi, une sale bête ? méfie-toi, petit, je suis le roi de La Matelle ! je t’ai vu te baigner avec Françoise, ta petite cousine !
- Quoi ? tu es diabolique ! tu es plus méchant que le Drac ! aujourd’hui, tout cela est oublié… Françoise et moi, quand nous étions petits, nous sommes tombés dans une lavogne en cherchant des têtards. On ne pouvait pas se noyer ; il n’y avait pas assez d’eau. On n’est pas sortis très propres ! nos vêtements étaient entièrement souillés ! nous n’avons pas attrapé de têtard mais une belle engueulade ! (Il faut dire que, devant chaque maison, les enfants faisaient un beau désordre de bouteilles et de seaux contenant des têtards et attendaient qu’il deviennent des grenouilles ! peut-être certains attendent-ils encore !)
Ce n’est plus possible, il faut qu’il se taise, ce mangeur de cade ! il ne vaut rien pour rien ! le récupérateur de peaux ne donnerait pas un sou pour la sienne ! Je te l’attrape par le cou et, d’un coup sec, je tire. Rien. L’autre imbécile n’a pas bougé.
« Arrête ! ou ça va mal se passer !
- Tais-toi, bourrique ! je vais te faire voir qui est le chef ici ! »
Je l’attrape à nouveau, et, crac, cette fois-ci… Arrive ici ! bon dieu ! pour venir, il est venu, oh que oui ! le buis fit « zzzzzzzzip », puis un autre bruit, un sacré bruit sur les genoux du parrain et la catastrophe se produisit ! Hiroshima du chocolat ! partout des brisures et morceaux petits et gros ! la Berezina… On aurait dit le bruit du tonnerre, il ne manquait plus que les éclairs ! les éclairs étaient dans les yeux de ma mère ! elle me regarda et me dit « qu’as-tu fait ? ce n’est pas possible ! quelle honte ! » Je ne te dis pas : rouge comme une pivoine ! « Il ne manquait plus que ça ! on est beaux ! »
Mon père, qui fut jeune lui aussi, paraissait vouloir me dire : « fais attention ! on est dans une église ! attends un peu pour goûter le chocolat, la messe sera bientôt achevée ! »
Aussitôt ite missa est entendu, nous sommes sortis. Je n’étais pas tranquille. Tu peux croire… j’allais me faire engueuler pour de bon à cause du bruit et des morceaux de chocolat par terre. Eh bien non ! J’avais les lèvres toutes poisseuses de chocolat et c’est cela qui ne passait pas ! jamais la bouche barbouillée ! et une fois dehors, ma mère me nettoya d’une gifle. Je me suis alors fait houspiller quelque chose de joli ! Je ne pouvais pas dire que le lièvre s’était moqué de moi ! je ne suis pas idiot ! je ne pouvais pas dire que j’avais entendu le lièvre me parler… un lièvre de chocolat… qu’auraient dit les autres… que Dominique était demeuré à la rage du soleil ! aussi, je n’ai rien dit ! (depuis, je ne dis pas grand-chose ; s’il y a des gens, je cherche une chaise, je m’assois et je me tais).
(Le lièvre avait raison : il faut se méfier des poissons ! il vaut mieux le gibier ! Vous savez, le gibier, le lièvre, nous, nous n’avons pas besoin de jouer de la fourchette pour le manger ; et, si nous avons la bouche poisseuse, nul n’en parle !)

Lo Passejaire

Rampalms

M’en vau vos contar la messa grand de Rampalms quand èri pichon. Me soveni pas de mon atge ; ai implidat l’annada… èri pichon ! Aviái pas encara fach la comunion solemnèla.
Amb mon paire Joan, ma maire Lucia e ma sòr Mimí, sem anats a Nòstra Dama ont se disiá, o pus lèu se cantava la messa grand. Mon fraire, encara pichonet, demorava a l’ostal amb ma grand, memé Loisa e tatí Marta qu’èran al premièr estatge.
Montàvem l’arapador del Voltre amb los vestits del dimenge. Caliá pas estre mal gorbiats, que los vesins diguessan pas « veja, Marca-mal que passeja ! ». Sèm pas de pelhaires ! Mon pairin tonton Fernan e sa femna tatí Simona nos esperavan sus la Plaça Vièlha que se dis ara plaça Fòch. Me cal vos dire que, dins aquel temps, los efants portavan de ramèls de bois ; cadun aviá son rampalm. Èran en bois ; i aviá pas cap d’olius. Ara n’i a pertot, saique aquò’s lo « réchauffement de la planète ». Nòstre pòrtamoneda se caufa mai que nòstra tèrra ! De pichonas afars èran estacadas sus aquel bois : peisses, campanas, uòusses, e que te savi d’autre. Tot aquò èra en chocolat. Ma maire, gantièira, aviá estacat tot aquel mond e portavi lo rampalm coma lo sant-sacrament. Caminavi coma l’Agá-Khan e risca pas que raspasseje ! Aprèp la potonejada, tonton Fernan me balhèt un brave uòu e un polit lapin pel ramèl. Ma maire estaquèt tot aquò e dintrèrem dins la glèisa.

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(Dessin Charly Barthe) - voir la note en bas du texte, concernant le dessin.

Assetats sul banc de la familha del pairin, avem escotat los orèmus, lo patèr e, tan ben, avem cantat. Caliá nos assetar, nos levar e nos agenolhar quand lo curat lo disiá. Me semblava, un còp qu’èri agenolhat, que los peisses èran pichons e pas talament plan estacats. N’i a un que semblava en tindèla, prèst de tombar. Ai agut un pauc paur que risquèsse de s’espotir. Te lo trapèri e, sul pic te l’emboquèri. Saborent, aquel peissonet ! me cal ne tastar un autre, per veire se totes son aital. Tanlèu dich, tanlèu fach ! Agachavi se i aviá pas una autra pichona bestia perilhanta. Caldriá pas que tombe pel sòl. Sèm dins una glèisa ! Agachavi, e lo lapin me faguèt una clinhada e me diguèt : « Escota-me Domenge… mefisa-te dels peisses ! i a pas cap de peisses sul Causse Negre ! o sabes ? »
De qu’es aquel trabalh ? siái devengut falord ? lo lapin parla, e mai, consí sap que siái de Veirau ? l’autre banasta contunha : « Te conoissi, Domenge, ieu tanben siái de Veirau, siái l’espingaire de Cadenàs, lo rei de Craial !
- Arresta, menut ! sèm a la glèisa, los lapins parlan pas e encara mai los lapins de chocolat !
- Que siás bestia, paure efant ! siái pas un lapin ! siái una lèbre !
- Tu, siás un brave bestiasson, siás pas que de chocolat ! m’en vau te far veire ! te trapi un autre peis e, hòp, engolit. Petarèl de filh de gossa, defòra, te cantarai :
La lebrassa, polida lebrassa,
La lebrassa, m’en vau te manjar
M’en vau te manjar lo cap, m’en vau te manjar lo cap,
E lo cap, e lo cap... »
Lo tipe se calava pas ! encara mai, me diguèt de far atencion, que los peisses riscavan de me far escanar e que seriái polit se me caliá escopir dins la glèisa !
« Vòls te calar ? falsa bestia ! Aquò’s pas un pica-frigola que me dira de que far !
- Ieu, una falsa bestia ? mefisa-te, fanton, siái lo rei de La Matèla ! t’ai vist te banhar a Destèls amb la cosineta Francesa !
- De qué ? siás lo diable, siás mai mitsant que lo Drac ! aquò’s implidat… ara tot aquò… Sèm tombats dins una lavònha per trapar de capgròsses amb Francesa, quand èrem pichons. Podiam pas no negar, i aviá pas pro d’aiga. Sèm sortits pas talament candes ! los vestits èran tot empegomits ! avèm pas trapat de capgròsses mas una polida renhòta ! (Me cal dire que, davans cada ostal, los efants metián tot un fotralh de botelhas, de farrats, ont i aviá de capgròsses e esperavan que venguèssan de ranas ! benlèu que n’i a qu’espèran encara ! )
Aquòs pas possible, cal que se cale, aquel manja-cade ! val pas res aquel pistolet, lo pelharòt balhariá pas un sòu per sa pel ! Te li trapi pel còl e, còp sec, tiri. Pas res. L’autre repapiejaire a pas bolegat !
« Arresta ! i a quicòm que va trucar !
- Cala-te, bordòt, vas veire ont es l’ase e ont es l’asinièr ! »
Tornar mai, o trapi e, crac, aqueste còp, vèni ! macarèl, per venir, es vengut, òc ! lo bois te faguèt un « zzzzzzzzip », puèi un autre bruch, un fotralh de bruch sul ginolh del pairin e la catastròfa se produsèt ! Hiròshima del chocolat ! bocilhs, bocilhons e brisum, pertot ! la Berezina… Lo bruch sèmblava lo tron, mancava pas que los liuses ! los liuses, èran dins los uèlhs de ma maire ! m’agachèt e me diguèt : « de qu’as fach ? quò’s pas possible ! quanta vergonha ! » Te disi pas… la cara d’un trompetaire. « Mancava qu’aquò ! sèm pantits ! »
Mon paire, que foguèt joven el tanben, me sèmbla que me disiá : « fai atencion ! sèm dins una glèisa ! espèra un pauc per tastar lo chocolat ! la messa sera tanlèu acabada ! »
Tanlèu ite missa est entendut, sèm sortits. Èri pas tranquille. T’acresi que vau me far engular pel bruch e los bocilhs de chocolat pel sòl. Que non pas ! Las pòtas totas empegadas de chocolat, aquò’s lo mai tarrible ! Caliá pas estre bochard ! Defòra, me siái fach desbochardar amb lo mocada de ma maire. Me siái fach estirgossar quicòm de polit ! Podiái pas dire que la lèbre se trufava ! siái pas nèci ! podiái pas dire qu’aviái entendut la lèbre me parlar, una lèbre de chocolat, de que arian dich, los autres, que Domenge es demorat a la raja del sorelh ! alara, ai pas res dich ! (dempuèi, disi pas grand causa, se i a de mond, cerqui una cadièira, m’asseti e disi pas res).
(La lèbre aviá rason, cal far atencion amb los peisses ! val melhor la sauvagina ! Sabes, la sauvagina, las lèbres, nautres, avem pas besonh de forquetar per la manjar e, se sèm bochards, degun dis pas res !)


Note du dessin de Charly Barthe :

Quand nous étions enfants, à l’école ou à la messe, nous avions vite fait, avec un canif, de faire des trous dans le mobilier, en faisant sauter les nœuds du bois. Ici un trou dans le dossier du banc d’église sert à propos pour planter mon rameau.

Efants, a l’escòla o a la messa, aviám lèu fach, amb un cotelon, de faire de trauces dins lo fustam en fasent sautar los noses. Aicí un trauc dins lo dorsièr del banc de la gleisa servis per quilhar mon rampalm.

Lo Passejaire

Lo Passejaire remercie ses amis de l’Ecole Claude Peyrot et ceux de Recaliu sans qui ces lignes n’auraient jamais vu le jour.


L’ECOLE CLAUDE PEYROT EST UN ATELIER DE LA SOCIÉTÉ D’ETUDES MILLAVOISES. Cet atelier se réunit chaque mardi de 16 heures à 18 heures au local de la SEM, 16 A, boulevard de l’Ayrolle.


Pour bien lire l’occitan

Quelques petites clés pour l’occitan :
1. Le a final et le ò (accent grave) se prononcent o ouvert (celui de « pomme, pôle »).
2. Le o (sans accent) se prononce « ou » comme dans « clou, caillou, chou ».
3. Le lh et le nh se lisent ill et gn (comme dans « fille » et « vigne »).

De toute manière, les personnes qui parlent tant soit peu l’occitan ont tout intérêt à le lire à haute voix. Leur propre langue les guidera vers la prononciation la plus appropriée.


Chaque mardi à 16 heures
salle Galerie du CREA

Réunion de l’Ecole Claude Peyrot

Vous parlez l’occitan, vous l’aimez mais ne le parlez pas
Venez nous voir lors de nos réunions.
Les personnes qui ne peuvent pas venir à cette heure parce qu’elles travaillent peuvent nous contacter au 05.65.60.09.44 ou mail : jacques.astor@sfr.fr ou à l’adresse : Jacques et Martine Astor, Massebiau, 12100 Millau


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