Juillet 2012 à l’École Claude Peyrot

mardi 18 septembre 2012
par  Martine Astor

JUILLET 2012 A L’ECOLE CLAUDE PEYROT

PEYROT ET LA RÉVOLUTION

Claude Peyrot, ancien prieur de Pradinas, a écrit ce dialogue à Pailhas où il s’est retiré en 1790 après avoir refusé de prêter le serment de la Constitution civile du clergé.
L’écriture de ce dialogue entre deux bergères se situe sur un fond de violences et d’outrages à la personne inhérent à la Révolution française comme à toute révolution. Le roi Louis XVI a été exécuté et l’abbé Carnus (notre Montgolfier ruthénois) a péri lors des massacres de Septembre de 1792.
La plume de l’auteur des « Géorgiques patoises » qui n’a jamais hésité à prendre l’intérêt du travailleur contre le profiteur n’hésite pas à stigmatiser ici les excès de la Révolution où le meilleur se mêle au pire dans un total climat d’instabilité et où le concept de « liberté » (bien souvent mis en avant) trouve mal à quoi se raccrocher.
Un arbre de la Fraternité ayant été élevé à Pailhas en 1793, il le salue ainsi :

JPEG - 107.3 ko
arbre de la liberté (dessin-montage Martine Astor)

Aubre de la Fraternitat
Que siàs vengut dins aqueste vilatge
Per i manténer l’òrdre e la tranquilitat
Salut, onor, jòia e santat
(Arbre de la Fraternité
Toi qui es venu dans ce village
Pour y maintenir l’ordre
Salut, honneur, joie et santé).
Mais il poursuit en lui recommandant de se méfier car sa hauteur risque d’en importuner certains qui vont vouloir y remédier et il prie Dieu de le préserver d’orages qui ont déjà abattu de grandes choses.

Après-midi d’épouvante

Dialogue entre Jeannette et la jeune Marthe, de Pailhas

  • Jeannette : D’où viens-tu, Martoune ? te voilà tout essouflée.
  • Martoune : Une telle aventure, non, Jeannette, plus jamais ça. Mets la main sur mon cœur ; sens-tu comme il bat ?
  • Jeannette : Holà ! on dirait une sonnaille. Que t’est-il arrivé ? Une de tes brebis s’est-elle étouffée, Ou le loup te l’a-t-il emportée ?
  • Martoune : Non, ma chère, quelque chose, ma foi, Qui m’a causé un tel effroi Que je n’en suis pas encore revenue.
  • Jeannette : Dis, qu’est-ce donc ; parle sans retenue.
  • Martoune : Asseyons-nous sous cette meule de foin ; Je vais te raconter du début à la fin. Là-bas, au bord de l’eau, Assise sur l’herbe, gardant mon troupeau, Qui se régalait au milieu du chaume, Moi, je garnissais ma quenouille et comme Il fallait que la poupée je la démêlasse, Quand de derrière un "abicasse", Te sort un homme fort costaud Qui portait à l’épaule une belle cognée, Et qui d’un ton brutal vient me dire sous le nez :
  • “ Que fais-tu là, diga drolloto ?
  • - Comme vous le voyez, monsieur, je fais paître mes animaux.
  • - Et n’es-tu bouna patrioto ?
  • - Oui-da, très bonne, pour sûr.
  • - Et touta seula ayci, tu n’as pas pur ?
  • - De quoi aurais-je peur ? ne suis-je point mocrate 1 ?
  • - Brabo ! Brabo ! Sé n’étiez istoucrate2,
  • Parlassamblu ! cette destrial
  • Té saquerait la têta à bal3... ”
  • Certes alors la peur m’a tellement saisie Que sans dire mot, je me suis enfuie au plus tôt, Sans arrêter de regarder derrière s’il y était. Heureusement il ne m’a pas suivie Si tu l’avais vu, ce gros lourdaud, Tu te serais évanouie, oui-da : Il avait la figure d’un Judas.
  • Jeannette : Tu as très bien fait de ne pas répliquer : Tu aurais risqué d’avoir les oreilles tirées. Il faut avoir bouche cousue, écoute ce trait : Pour avoir voulu un peu trop librement Sur ces peines dire son sentiment, Plus d’une a été châtiée.
  • Martoune : Bon Dieu ! que ferons-nous, si nous ne pouvons pas parler ? Une fille, grand Dieu ! condamnée au silence !... Quel juge a-t-il pu rendre cette sentence ? Là on a de quoi se désoler. Comment donc, quand le loup tournera autour de la bergerie, Il ne nous sera pas permis de lui crier : Sale bête, loin d’ici ! Il nous mentait, Berthomieu, donc, Quand il nous disait que, dans le livre Qu’on appelle la Contestation, Il avait lu que dorénavant, De dire ce qu’il veut chacun serait bien libre.
  • Jeannette : Bien d’autres l’ont dit : ce doit être la vérité.
  • Martoune : Et quand doit arriver cette liberté, Depuis si longtemps annoncée ?
  • Jeannette : Que dis-tu ? Ils l’ont assez publiée ! Ne te souviens-tu pas que l’an dernier un mai fut planté En l’honneur de son arrivée ? Et que, autant de nuit que de jour, Au son du fifre et du tambour La farandole fut dansée ?
  • Martoune : Maintenant je me le rappelle, ce jour plus joyeux Que du Carnaval les adieux. Dieu soit loué ! ma langue est revenue.
  • Jeannette : Attention qu’elle ne se lasse pas. Convient toujours qu’elle soit modérée : Elle peut causer des malheurs, quand elle est débridée. Parlons des affaires de la maison ; Parlons de parcs et d’abris, De vaches et de bœufs, de moutons, de brebis ; A la bonne heure, là tu auras raison, De tout ce qui se fait dans la grande assemblée, Du sort de la patrie à Paris, occupée4 Quoi qu’il nous en coûte, enfin, il vaut mieux rester muet, Que de nous faire décapiter.
  • Martoune : Pardieu ! je le crois… ! retourne-toi Jeannette : Je ne me trompe pas, mais c’est bien ma Mussette ? La pauvre ! lasse de bêler, Pour me chercher sur la colline elle est montée. Viens me faire un câlin, ma mignonne. Peuchère ! tu as eu peur ne voyant plus personne ? Pour payer ton affection, Je vais te faire un collier aux couleurs de la nation... Mais, Jeannette, en parlant, je me suis bien retardée ; Il est grand temps de nous séparer : Depuis longtemps, la rage est retombée, Mes bêtes sont repues ; adieu, je vais les rassembler.
  • Joaneta : Et bien ! bonsoir, Martoune, pour n’avoir pas de maux, Donne, tant que pourras, à ta langue repos.

    1.Voir note du texte occitan.
    2. Voir note du texte occitan.
    3. Voir note du texte occitan.
    4. Voir note du texte occitan.

JPEG - 96.8 ko
Les bergères (dessin Jacques Astor)

La vesprada sovertosa

Dialògue entre Joaneta e Martron de Palhàs

  • Joaneta : D’ont venes, Martron ? Siàs tota esfalenada.
  • Martron : Non, jamai pus, Joaneta, una tala virada. Met me la man sul còr ; veja cossí me bat.
  • Joaneta  : Ai ! sembla un batarèl. De qué t’es arribat ? Quauqua feda t’es estofada, O lo lop te l’a carrejada ?
  • Martron : Non, ma chèra, aquò’s quicòm mai, Que m’a causat un tal esfrai Que ne siu pas encara remaisada.
  • Joaneta : Digas donc qu’es aquò ; me fagas pas patir.
  • Martron : Assetem-nos jos aquesta balsièira ; Te vau contar de pòst a fin. Aval, al bòrd de la ribièira, Assetada sus l’èrba en gardent mon tropèl, Que se carrava a plec en mièg d’una rastolha, Ieu començave a garnir ma conolha ; N’aviá pas acabat d’espesir lo trachèl, Que de detràs una bicassa, Te salís un gròs omenàs Que portava sul còl una granda pigassa, E que d’un ton brutal me ven dire jol nas : “ Que fais-tu là, diga drollòta ? - Fau paisse mon bestial, coma vesètz, monsur. - Et n’es-tu bouna patriota ? - Òc ben, plan bona, per segur. - Et touta seula ayci, tu n’as pas pur ? - De qu’auriái paur ? sià punt mocrata1 ? - Brabo ! Brabo ! Sé n’étiez istoucrata2, Parlassamblu ! cette destrial Té saquerait la têta à bal3... ” Cèrta alara la paur m’a talament sasida Que sens respondre mot, me’n siu vite enfugida, En agachant totjorn se me veniá detràs. Urosament m’a pas seguida. Se l’aviás vist, aquel lordàs, Saique seriás estabanida : Aviá la cara d’un Judàs.
  • Joaneta : As ben plan fach de li replicar pas : Auriás riscat d’èstre aurejada. Cal téner lo bèc claus, aquesta revirada : Per aveire volgut un pauc tròp librament Sus aqueles trimals dire son sentiment, Mai d’una es estada fretada.
  • Martron : Bolhassa ! que farem, se podèm pas parlar ? Una filha, grand Dieu ! condemnada al silença !... Qual jutge a poscut rendre aquela sentança ? Aquí n’a per se desolar. Cossí que, quand lo lop vendrà fintar la jaça, Nos serà pas permés de li cridar : Suirassa ! Nos mentissiá donc Bartomieu, Quand nos disiá que, dins lo libre Qu’apelan la Contestacion4, Aviá legit qu’arametieu, De dire çò qu’òm vòl cadun seriá plan libre.
  • Joaneta : Fòrça autres an dich : cal ben que sià vertat.
  • Martron : E quora dèu parestre aquela libertat, Dempuèi tant longtemps anonçada ?
  • Joaneta : Qué dises ? L’an pro publicada ! Te sovenes pas qu’antan un mai fosquèt plantat A l’onor de son arribada ? E que, tant de nuech que de jorn, Al son del pifre e del tambor La sautaire foguèt dançada ?
  • Martron : Ara lo me rapèle, aquel jorn pus joial Qu’un darrièr jorn de carnaval. Lausat sià Dieu ! ma lenga es recreada. Ai ! qué va menar de barral !
  • Joaneta : Agacha per aquò de ne pas faire estralh. Convent totjorn que siaga moderada : Pòt causar de malurs, quand es descabestrada. Parlem deis afars de l’ostal ; Parlem de pargues e de cledas, De vacas e de buòus, de motons e de fedas ; A la bona ora, aquí n’as pas de mal, De tot çò que se fa dins la granda assemblada Del sòrt de la patria5 a París ocupada Que que nos ne còsta, en fin, nos val ben mai calar, Que de nos faire escapolar.
  • Martron : Pardí ! lo crese... Ai ! vira-te Joaneta : Me trompe pas, aisa’s ben ma Musseta ? La paura ! laça de beular, Per me cercar sul sèrre es venguda escalar. Vèni me faire un potonet, menuda. Pecaire ! as agut paur de m’aveire perduda ? Per paga de ton afeccion, Te vau faire un colièr raiat a la nacion... Mes, Joaneta, en parlent me siu fòrt retardada ; Es ora de nos separar : Dempuèi longtemps, la raja es trescolada, Mon bestial es sadol ; adieu, lo vau sarrar.
  • Joaneta : E ben ! bon ser, Martron, per que mal non te venga, Dona, tant que poràs, de relache a la lenga.

  • 1. Mocrata pour democrata « démocrate ». Martrou a quelque difficulté à prononcer des termes devenus usuels à l’époque de la Révolution.
  • 2. Istocrata : le Révolutionnaire n’est pas plus au fait des termes d’époque révolutionnaire : il ne connaît pas encore très bien le terme « aristocrate ».
  • 3. Te saquerait la tête à bal : te jetterait la tête par terre.
  • 4. La Contestacion : le terme de Constitution n’est pas encore bien entré dans la langue courante.
  • 5. Vers la moitié de l’année 1793, les ennemis menacent notre territoire : les Prussiens en Lorraine, les Autrichiens au nord, les Espagnols du côté du Roussillon, les Piémontais lorgnent vers la Savoie, les Anglais visent nos côtes.

Mars 1793 – octobre 1794

44 guillotinés de l’Aveyron

Une contribution à la Revue du Rouergue signée Catherine Bex, portant sur les exécutions à Rodez à époque révolutionnaire, présente en annexe une liste de 44 guillotinés pour acte ou attitude contre-révolutionnaire.
Cette liste comporte beaucoup de réfractaires à la conscription : l’émeute de Saint-Victor(-et-Melvieu) et l’insurrection de Lapanouse sont dus à la révolte contre l’incorporation militaire.
Les troubles de Castelnau-de-Mandailles et la révolte d’Arvieu sont assimilés historiquement à la chouannerie.
Sont exécutés : 9 prêtres (à l’origine réfractaires à la Constitution civile du clergé), 11 cultivateurs, 2 journaliers, 7 travailleurs, 2 domestiques, un fabricant de bas, un tondeur de draps, un sabotier, un tailleur de pierres, un notaire, un négociant, et trois autres dont le métier ou l’état social n’est pas connu.
Il est à noter que Pailhas où s’est retiré Claude Peyrot n’était pas aussi tranquille que le prétend Jules Artières dans sa notice biographique et littéraire introductive des Poésies rouergates de Claude Peyrot. Des troubles y ont eu lieu en 1793 (donc à l’époque où l’auteur écrivait le dialogue qui nous intéresse) et c’est à la suite de ceux-ci qu’Etienne Arnal, fabricant de bas (26 ans) est jugé à Rodez et guillotiné en janvier 1794.


Pour bien lire l’occitan

Quelques petites clés pour l’occitan :
1.Le a final et le ò (accent grave) se prononcent o ouvert (celui de « pomme, pôle »).
Le a au milieu d’un mot se prononce a comme en français (encara « encore » se prononce encaro).
2. Le o (sans accent) se prononce « ou » comme dans « clou, caillou, chou ».
3. Le lh et le nh se lisent ill et gn (comme dans « fille » et « vigne »).
4. Le e sans accent se prononce é. Il n’y a pas de e muet. On prononce è quand il y a un accent grave.
5. Le u se prononce u comme en français. Mais s’il est précédé d’une voyelle, il se prononce « ou ». Exemple : clau « clef » prononcé claou, nèu « neige » prononcé néou.
6. Le n final n’est pas articulé. le mot vin « vin » se prononce bi et le i n’est pas nasalisé.

De toute manière, les personnes qui parlent tant soit peu l’occitan ont tout intérêt à le lire à haute voix. Leur propre langue les guidera vers la prononciation la plus appropriée.


IVES ROQUETA

60 ans de creacion occitana

mòstra realizada per l’Associacion CAP l’ÒC
e l’Ostal de la Memòria de Sant-Africa
(concepcion Ives Roqueta e Patric Cofin)

a l’Ostal de la Memòria de Sant-Africa
6, plaça Paul Painlevé, 12400 Sant-Africa

del 8 de junh de 2012 al 10 d’agost

(del dilus al divendres
9 h 30 – 12 h --- 13 h 30 – 17 h 30)
Entrada gratuita

YVES ROUQUETTE
60 ans de création occitane
Exposition à la Maison de la Mémoire
6, place Paul Painlevé, 12400 Saint-Affrique


L’ECOLE CLAUDE PEYROT EST UN ATELIER DE LA SOCIÉTÉ D’ETUDES MILLAVOISES. Cet atelier se réunit chaque mardi de 16 heures à 18 heures au local de la SEM, 16 A, boulevard de l’Ayrolle.


Commentaires